LES RECHERCHES DES SAGES-FEMMES
RSF.10.2005.009
Dossier de l'obstrEtrique Editions ElpEa N° 342 octobre 2005
« Science
sans conscience
n’est que ruine
de l’âme »
Rabelais
Introduction
Ce 7°
article ne remplace pas l’étude sur le versant psychique
de la grossesse (D.O. n° 287) qui, ainsi que les suivants (1) reste un outil de travail pour les sages-femmes.
S’il
reprend les grandes lignes de la grossesse psychique, c’est
pour adapter celle-ci à la réalité 2005 et mieux
comprendre les origines maternelles de la pathologie actuelle, en
dehors de la concentration des naissances et de la lourdeur des
protocoles…
Déjà
en 2000 les lois du psychisme maternel, clef de voûte des
outils de la méthode, m’avaient fait conclure (1b page 22) : « en
surmédicalisant les connaissances actuelles montrent que nous
faisons de la mère et de l’enfant des individus à
risque psychique » (avec toute la pathologie
physique et psychique qui en découle). Nous y sommes, le
psychisme maternel évolue, comme cela semblait prévisible…
De la transformation de certains Centres Périnataux en Unités
spécialisées (sous la responsabilité des
pédopsys et des psychiatres adultes), au concept de
maternologie qui s’étend : la difficulté
devient évidente. Confrontées à la « nouvelle
obstétrique » depuis 2001, 4000 sages-femmes ont
quitté leur poste en structure, en proie au désarroi
et/ou l’épuisement.
Nous
allons tenter de mettre des mots sur tout cela.
Après
les grandes lignes de la grossesse psychique, nous aborderons ses
interactions avec la grossesse physique et l’étiologie
possible des pathos actuelles comme les M.A.P et les R.C.U.
C’est
à l’aide de cas cliniques que nous étudierons
l’impact de l’hyper médicalisation actuelle sur la
grossesse physiologique… et le bébé/fœtus :
mais là c’est une étude expérimentale qui
nous permettra d’introduire « l’anti-virus »
au stress actuel : les interactions materno-fœtales…avant
de conclure et de trouver en annexe une sorte de kaléidoscope
de courtes histoires, sorte de flash sur certaines réalités
des soignants de la nouvelle obstétrique. Cette annexe
introduira les articles suivants.
Participeront
à cette étude d’autres travaux de sages-femmes.
Les
mémoires des 4° année nous proposeront des
évaluations statistiques, des observations cliniques et des
bases scientifiques : il s’agit de jeunes diplômées :
Stéphanie CHEVALIER, Emeline HUDRY et Priscille RENAUD.
Enfin une
sage-femme psychologue clinicienne qui fut mon enseignante à
l’école de sages-femmes, Josette FORT (2) dont le livre « Naissance et fantasme de mort » vient de sortir nous apportera une hypothèse pionnière
d’accoucheuse, confirmée par l’expérimentation
(1500 cas sur 7 ans dont 70% d’accouchements rapides et
indolores « vécus dans la fête »).
Avec son autorisation, je citerai un de ses principes.
A - La grossesse psychique, prélude à l’attachement
Après avoir repris (intégralement dans les Dossiers de l’Obstétrique) les auteurs classiques décrivant la maternalité, c’est à dire BERGERET AMSELEK (voir sur le site : article n° 1 La grossesse psychique)… ou encore WINNICOTT, je citerai ma propre synthèse :1 - LA MATERNALITÉ
Voir l’iceberg (sur le site) dans l’article : le versant psychique de la grossesse2 - LA TRANSPARENCE PSYCHIQUE
« Une
des difficultés de la crise de maternalité est la
nécessité de se positionner en tant que parent, alors
même que l’on est en état de régression et
de confusion avec le « Moi-petite fille » la
future mère doit passer de l’insouciance de l’enfance
à la maturité du parent. De la recherche de ce
positionnement naît un questionnement bien spécifique
reposant sur l’interrogation : « serai-je
capable ?…» Plus ou moins conscient, ce
questionnement se retrouve souvent au travers de rêves,
révélateurs du travail psychique … et des
angoisses qui lui sont dues.
Ces
peurs peuvent être d’origine personnelle (en rapport avec
l’histoire) archaïque (enfant anormal, peur de
l’accouchement) ou culturelle. »
Base physiologique : (voir sur le site : les recherches des scientifiques : article du New Scientist du 11 janvier1997)
« grâce à l’imagerie cérébrale, à l’heure actuelle il pourrait y avoir une explication physiologique aux problèmes cognitifs (perte de mémoire et de concentration) dont se plaignent les femmes enceintes.»
Nous dirons succinctement que « les chercheurs ont observé trois groupes de femmes pendant la grossesse et quelque temps après. Grâce à la résonance magnétique qui donne une image tridimensionnelle du cerveau, ils ont observé une diminution du volume du cerveau pendant la grossesse et après l’accouchement, alors que l’hypophyse augmentait de volume »…
Note : en fait il pourrait s’agir, d’après les scientifiques d’une répartition différente du L.C.R au profit du cerveau archaïque et notamment l’étage hypothalamo-hypophysaire.
3- RÉSOLUTION DE LA CRISE
Elle passe par l’attachement progressif à l’enfant, et donc prépare la fonction maternelle (soins et présence psychique à l’enfant). Dans mon observation, c’est l’attachement avant la naissance qui garantit et facilite la physiologie.
Dans un
désir de synthèse je rappelle le questionnement de la
préoccupation maternelle primaire (plus ou moins inconscient).
Il serait le suivant : « suis-je capable de faire un
enfant normal ?… d’accoucher normalement ?…
suis-je assez bonne (donc capable) pour m’occuper de cet
enfant ?… » C’est cela qui crée
donc les états d’angoisse de la grossesse psychique dont
je rappelle « la normalité ».
il ne
faut pas confondre ses effets (notamment la transparence psychique)
avec la pathologie…
Pour
arriver à l’attachement, le travail plus ou moins
conscient sera donc de transformer les modèles parentaux de
l’enfance, ou patterns, en un Devenir mère possible.
seconde dans sa propre fratrie.
Deux exemples cliniques :
>« Je
trouve ma fille « virulente »
> Réfléchissez
à ce que vous venez de dire ?… qui était
virulente dans votre enfance ?
> Ah ?
… ma mère bien sûr !… toujours - ma -
mère !!! »
Ou encore :
> « Je
l’appelle avec la main, il répond pas … de toute
façon il répondra pas !
> Pourquoi ? cherchez un peu en vous… plus loin !
> …
C’est peut-être à cause de mon père ?
… lui, il ne répondait jamais … c’était
comme s’il n’était pas là !… »
C’est
en faisant ces prises de conscience – entre autres – que
les mères peuvent s’attacher à ce bébé
là.
C’est
aussi tout l’intérêt de la psychogénéalogie,
un des outils de la Préparation Globale, pour mettre à
jour les systèmes familiaux, les répétitions
entraînant chez la mère des angoisses jusqu’alors
inexpliquées (l’inconscient familial émergeant
lui aussi).
B - INTERACTIONS DE LA GROSSESSE PSYCHOLOGIQUE SUR LA GROSSESSE PHYSIQUE
D’après Jean-Marie DELASSUS (8) : « La maternité psychique conditionne la maternité physique et non l’inverse »
1 - LES EFFETS DU "NON INVESTISSEMENT"
Il s’agit du déni de grossesse que nous connaissons tous. Il n’y a aucun symptôme , pas de perception de mouvement fœtaux car ces femmes ne se savent pas enceintes (j’en ai vu accoucher sans douleurs spéciales) . Je pense aussi au cas de Magali, qui par réaction à sa mère (enceinte douloureusement tous les ans) n’avait pas investi du tout sa grossesse pourtant désirée et ne percevait pas les mouvements fœtaux. A partir du moment où en préparation elle a commencé son passage psychique, les mouvements fœtaux ont été perçus, ainsi que les petits mal-être connus (ou culturels) de la grossesse.
2- INFLUENCE CULTURELLE ACTUELLE
La
plasticité du psychisme féminin est telle, que celui-ci
est sensible au conditionnement, puisque en recherche de repères
– à part les instinctives dont je n’ai pas parlé,
mais qui existent encore et font leur travail psychique « à
bas bruit ».
Rejoignant
les instinctives, j’observais chez mes patientes des symptômes
très légers et « culturels » ou
transmis de mère en fille (remontées acides,
insomnies…) disparaissant en cours de la préparation où
elles se déclaraient en pleine forme s’entendant dire :
« vous avez de la chance !… »
Dans
notre culture, il y a vingt cinq ans les « envies »
étaient à la mode, c’était le symptôme
principal de la grossesse.
La
pathologie ne se voyait que dans les C.H.U.
Mais avec
l’apparition de journaux et sites spécialisés, et
la fermeture des petites maternités, dans les années
95/2000, la pathologie de la grossesse a été
confondue avec sa physiologie.
Un
certain article sur la prématurité en 1999 (« Parents
magazine ») a déclenché un vent de
« panique-insomnie-contractions » chez
certaines patientes en début de préparation tant à
l’hôpital qu’au cabinet.
Suivie
maintenant comme une maladie, il est tout à fait logique que
des symptômes pathologiques se manifestent.
Du fait
de l’émergence de l’inconscient dans le conscient
(la transparence psychique) des peurs liées au passage
psychique apparaissent , orientées principalement vers la
question (on l’a vu) : serai-je capable :
de faire un enfant normal ? … : en médecine, nous répondons Non… nous allons tout le temps vérifier.
Dans la nouvelle obstétrique nous répondons Non aux deux premières questions. Du coup la troisième (tout l’objet de la transformation) reste sans réponse pour la mère, est en suspens, le passage psychique ne se fait pas et les symptômes pathologiques de la grossesse apparaissent (MAP, RCIU, que nous verrons plus loin).
Josette FORT (2) sage-femme et psychologue clinicienne a basé sa recherche sur la peur inconsciente archaïque de la mort à l’accouchement. Malgré l’avènement des antibiotiques mettant fin à la fameuse fièvre puerpérale, cette peur serait profondément ancrée en nous, tel un réflexe conditionné pavlovien : « Inconsciemment nous projetons les dangers courus par nos ancêtres dans notre vécu d’aujourd’hui ». Dans son hypothèse de travail ce serait pour échapper à cette peur de la mort que les femmes feraient cette régression en s’identifiant à leur enfant… et, ajoute t-elle « si la médicalisation de l’accouchement normal devient systématique, il en résulte une généralisation de la pathologie » en raison justement de ce réflexe pavlovien : « accouchement = danger de mort = peur inconditionnelle = réflexe conditionné ». Autrement dit si on me soigne c’est que je suis malade, et si je suis malade c’est que je peux mourir comme les femmes autrefois.
(Rappelons nous que son travail de préparation a entraîné 70% de dilatations indolores et brillantes.)
Est-ce cette peur archaïque qui est à l’origine de l’hypermédicalisation … ou des raisons financières de « rendement », ou les deux ?…Serions nous revenus en arrière !… vers cette peur ancestrale ?…
3) LA PATHOLOGIE
Elle aurait deux origines : le suivi médical inquiétant et/ou le suivi médical renforçant les peurs personnelles
a) Bases physiologiques
Etude de
la sage-femme Emeline HUDRY (9) :
« C’est
le système limbique (ou cerveau des émotions) qui
régule des fonctions de l’hypothalamus. En cas de
stress, celui-ci intervient dans le maintien de l’homéostasie.
Il est stimulé au niveau des noyaux paraventriculaires de
l’hypothalamus qui contiennent des neurones disposant de
propriétés neuro-sécrétoires. Ce sont ces
mêmes noyaux qui sécrètent l’ocytocine et
qui la stoqueraient dans l’hypophyse d’où elle est
libérée … Des études récentes
montrent que celle-ci interagirait sur l’axe corticotrope en
diminuant la sécrétion d’ACTH et de cortisol
(action des glucocorticoïdes sur la régulation de la
masse pondérale).
On
peut aussi retenir dans cette étude la réaction des
médulo-surrénales qui produisent les catécholamines
(adrénaline et noradrénaline). »
Une autre
étude en neuro-science (9 bis) montre les taux
d’ocytocine multipliés par 5 en cas de stress.
Ces
études scientifiques témoignent des effets du psychisme
sur le soma.
Nous
connaissons l’action de l’ocytocine sur l’utérus
ainsi que l’effet hypertenseur et vasoconstricteur de la
noradrénaline .
Voici
donc deux origines psychosomatiques possibles aux MAP et RCIU
actuelles. Avant de les aborder, nous pouvons nous pencher sur un des
schémas de l’étude d’E.HUDRY.
Réponse générale au stress

b) Les M.A.P
Nous ne
parlerons que des vraies M.A.P. La prématurité est en
réelle augmentation (surtout les prématurissimes nés
pratiquement tous de la P.M.A… c’est un autre sujet
abordé rapidement en fin d’annexe).
Déjà
le triple test est une étape à franchir.
S’il
n’y a pas d’amniocentèse, c’est une deuxième
étape.
Reste
l’écho-morpho de la 22ème S.A.…
et le questionnement de la mère « suis-je capable
de ? ».
De
nombreuses M.A.P seraient induites par le désir inconscient de
voir si l’enfant est normal, s’il y a eu amniocentèse
avec des résultats non affirmatifs à 100%, ou si
l’écho-morpho ne trouve pas les biométries
idéales : il faut contrôler…
Marianne,
IIIpare a eu un début de grossesse normal. Ses deux
accouchements précédents faciles (deux garçons)
font qu’elle est plutôt sereine, jusqu’à
l’écho-morpho où elle apprend (alors qu’elle
ne voulait pas savoir) qu’elle attend une fille et que celle ci
a un R.C.I.U important (10ème percentile). Sous
l’effet du choc elle appelle sa sage-femme qui lui conseille
une écho de contrôle : biométries normales :
50ème percentile… Mais une M.A.P se
déclenche :
Dans son
histoire, Marianne a été abandonnée par sa mère
à 10 ans et « l’anormalité »
supposée de sa fille la renvoie à « l’anormalité »
de sa relation à sa mère… Elle constate
elle-même : « cela réveille mon
histoire que je pensais avoir dépassée parce que ma
grand mère a pris le relais, c’est elle ma vraie mère… »
Claire,
primipare, m’est envoyée à 25 S.A. Elle a eu une
amniocentèse et les résultats semblent normaux. Mais
elle angoisse et a modifié son col. A l’anamnèse
j’ apprend qu’elle attend un garçon ce dont elle
est heureuse, car me dit-elle, « mes parents ont
divorcé et mon père a refait sa vie, il n’est
plus vraiment mon père ! il a d’autres enfants,
peut-être que je voulais un garçon pour compenser ce
manque ? »
> Vous
le croyez en danger, comme l’était votre relation à
votre père ?
> Oui…
c’est un peu ça … en fait il y a déjà
un problème comme avec mon père, vous voyez bien ?
Fabienne est la dernière d’une famille de 7 enfants. Timide, elle
dit avoir passé sa vie à douter d’elle. Non
désirée, enfant tardif, sa mère lui a toujours
reproché son incompétence : elle n’était
jamais à la hauteur… A 30 ans, elle rencontre celui qui
semble réparer tout ça : « il est
super » me dit-elle. Enceinte de 28 S.A, sa gynéco
de ville l’envoie au C.H où elle va accoucher.
C’est
à cette première visite où dit-elle « tout
bascule ». Après une attente très longue
elle est reçue rapidement par un gynéco surmené,
ne trouvant pas ce qu’il veut dans le dossier qu’elle
amène, remettant en question les examens et les échos,
et me dit-elle « j’ai senti des sueurs froides
dans le dos et depuis… je contracte, ils disent que mon col a
raccourci et je dois rester 12 heures allongée par jour !… »
c) Les R.C.I.U réels (non échographiques)
Nous
avons vu l’action vasoconstrictrice de l’adrénaline…
entraînant une mauvaise perfusion placentaire. Ce serait une
des raisons… Mais le problème est certainement plus
complexe que cela. Déjà dans mon expérience de
clinicienne j’avais observé les corrélations
entre un stress ponctuel vécu par la mère et l’arrêt
de croissance du fœtus, mais en suites de couches, à
long terme, cela se passait aussi au delà de la 3ème semaine et là il n’y avait plus de placenta !…Mais
les bébés étaient allaités au sein !…
Nathalie,
primipare de 28 S.A, est au repos pour une R.C.I.U : 2 monitos
par semaine : c’est une chance : une sage-femme vient
la voir. Celle-ci interroge :
> Comment
s’est passée votre grossesse jusqu’à
maintenant ?
> Ca
a mal commencé : en faisant une écho endovaginale
à trois mois de grossesse, on m’a trouvé une
hémorragie de 5 cm !
> Vous
avez saigné ?
> Non,
mais après ils ont fait une écho abdominale et on m’a
dit que c’était un « artefact » ça
arrivait avec l’endovaginale : en fait tout était
normal.
> Vous
semblez très au courant !
> Avec
tous les contrôles que je fais, je commence à tout
savoir, et j’ai de plus en plus peur !… et eux ne
comprennent pas pourquoi le bébé ne grossit pas plus !…
Valérie,
II pare de 30 S.A est alitée :
> Catastrophe » me dit-elle, « j’ai été obligée
de faire garder ma fille par ma mère avec qui je ne m’entends
pas du tout !...
> Que
vous arrive t-il ?
> tout
allait bien jusqu’à il y a un mois. Bon j’ai fait
l’amniocentèse, c’est un garçon, ils disent
maintenant qu’il a un fémur trop court… et moi
j’ai peur. Ils parlent de m’envoyer à M…pour
une écho chez un spécialiste.
> Vous
savez cette histoire de fémur est très à la mode
depuis l’arrivée d’un nouvel appareil au C.H ;
Peut-être qu’il faut du temps pour le régler…
Plusieurs de mes patientes ont eu ce problème et en fait tout
s’est avéré normal !
> Ah ?…
mais ma mère n’arrête pas de me harceler avec
cette histoire ! En fait elle est jalouse parce qu’elle
n’a eu que des filles et elle m’en a toujours voulu de
n’avoir pas été un garçon !…
moi je n’en peux plus !…
(la
naissance confirmera les dires de la sage-femme, le bébé
était tout à fait normal).
Marie-Noëlle,
primipare de 32 S.A, infirmière libérale, est arrêtée
depuis 15 jours : on a diagnostiqué un R.C.I.U (40°
percentile pour certaines biométries) :
> Non
seulement je faisais des kilomètres pour mes soins, mais j’en
faisais pour mon suivi de grossesse : 60 km A/R : ici la
maternité a fermé !… au C.H ils sont
débordés il faut attendre parfois deux heures pour les
consultations. La dernière fois ils ne retrouvaient pas le
dossier … et parlaient de me transférer… Pendant
ma grossesse, j’ai l’impression de faire le parcours
harassant de mon enfance !
> Comment
ça ?
> On
faisait souvent des km dans la montagne pour aller à l’école.
Mes parents étaient fermiers. A part l’hiver, ils
n’avaient pas le temps de nous amener, et quand on rentrait il
fallait qu’on les aide. On était pas franchement
malheureux mais mon père était très sévère :
il ne nous laissait pas beaucoup de temps pour jouer !…
C) L’ANTIVIRUS AU STRESS MATERNEL : LES INTERACTIONS MATERNO-FŒTALES :
La
sensorialité fœtale commence à être bien
connue. « Tous les travaux montrent que le fœtus
est un être percevant » (10).
Il serait
juste avant d’aborder les interactions materno-fœtales de
se pencher sur les conséquences du stress prénatal pour
l’enfant.
Car si
dans mon hypothèse l’enfant va aider sa mère par
ses interactions il est bien évident que la mère l’aide
aussi, et bien plus qu’on ne pense…
a) Etude expérimentale
Nous
avons rappelé les travaux sur les conséquences à
long terme des stress périnataux (voir site : les
recherches des scientifiques). La plupart d’entre eux est
référencée sur le site nposagesfemmes.
Confirmant nos connaissances en psychanalyse une recherche sur
l’animal attire particulièrement l’attention car
elle apporte une solution. Il s’agit de l’étude
de Stéfiana MACCARI (Inserm de Bordeaux 1995), réalisée
chez la rate gestante et décrite ci-dessous par le chercheur :
« Nous
avons appliqué chez les mères un stress de contention
en étudiant le taux de corticostérone et les récepteurs
hippocampiques à J3, J21 et J90 postnatal. De plus, nous avons
voulu vérifier si un stress prénatal pouvait induire le
comportement d’auto administration d’amphétamines
chez la progéniture devenue adulte (comportement –
réponse des mères soumises au stress). Nous avons pu
observer chez les animaux adultes stressés prénatalement
une altération du rétrocontrôle de l’axe
corticotrope (à 120 mn après le début d’un
stress de contention). Les récepteurs hippocampiques sont
réduits à l’âge de 21 et 90 jours. De plus,
ces animaux développaient le comportement
d’auto-administration d’amphétamines.
Cependant, des rats stressés prénatalement,
mais adoptés précocement par une rate non stressée
ne présentent plus de différence de quantité de
récepteurs hippocampiques par rapport à des rats
témoins. Notre modèle d’adoption a donc renversé
les effets du stress prénatal. »
b) Application de l’étude à l’humain
Notre
troisième cerveau, le cortex cérébral, s’il
peut gêner l’accès aux fonctions instinctives (par
les conditionnements) va nous apporter la solution. Il
va permettre à la future mère de changer son
comportement.
Nous
pouvons conclure de l’étude qu’une mère
stressée changeant son comportement (par le biais d’une
écoute spécifique, l’éclairant sur
l’origine et /ou la résolution de son stress) peut donc
changer l’environnement prénatal de son enfant. Outre
l’effet psychothérapeutique sur elle même (grâce
à la transparence psychique) elle peut donc agir sur son bébé
fœtus… et/ou plus tard sur son bébé.
C’est
là tout l’intérêt d’identification
des peurs inconscientes, du travail en psychogénéalogie
et des techniques anti-stress sophroniques.
c) Exemple clinique
Dans
mon expérience clinique j’ai été amenée
à former dans l’urgence un groupe de huit futures mères
(30 à 34 SA) venant de vivre la catastrophe de
Vaison-la-Romaine avec pour toutes un point commun : leur mère
y étaient décédée. Dans ce groupe il y
avait des temps pour pleurer ceux qui n’étaient plus, et
cela était dit aux bébés fœtus : « il
est important que ta mère chasse son stress …c’est son histoire », et des temps pour le bercer (à
l’initiative de l’une d’entres elles).
Par
le biais de la préparation à la naissance, elles ont pu
peu à peu s’autoriser la joie, l’apprivoiser dans
ces temps terribles où mort et vie étaient intimement
liés :
A
la naissance, les bébés avaient l’aspect calmes
et sereins « des bébés sophro »
et les mères avaient pu investir l’enfant
Il
est très important d’expliquer à l’enfant
que se soit in-utéro ou que se soit après la
naissance : tout peut se rattraper !
Françoise
DOLTO (10) ne disait-elle pas : « si
petit qu’il soit, un enfant à qui sa mère ou son
père parle des raisons qu’ils connaissent ou qu’ils
supposent de sa souffrance, est capable d’en surmonter
l’épreuve en gardant confiance en lui et en ses
parents. »
d) En pratique : comment agir
Le
toucher affectif qui associe palper obstétrical et affectivité
a été découvert sur le terrain, grâce à
la participation active des bébés sophro lors de leur
naissance. Voulant en savoir plus je me suis orientée vers
l’haptonomie dont « l’inventeur »
m’a refusé deux fois l’accès en raison de
ma pratique de sophrologue et d’analyste… Alors le
toucher affectif est devenu officiellement un des trois outils de la
méthode. En préparation globale il aide à se
construire en tant que mère. L’attachement étant
souvent à « apprivoiser », il utilise le
prétexte de gérer les inconvénients des derniers
mois de la grossesse : une tête qui appuie trop sur la
vessie, un dos qui comprime le foie, des mouvements trop actifs qui
gênent le sommeil… tout cela est en fait « un
outil» pour faciliter la fin de grossesse et préparer la
guidance de l’enfant par ses parents pendant l’accouchement…
tout en induisant l’attachement au rythme de chacune.
Alors,
lui demander de se pousser doucement, de remonter légèrement
la tête ou de le calmer en le berçant : « là,
là, doucement bébé », ou au
contraire l’accueillir avec tendresse quand il se réveille,
voilà en quoi le bébé permet à la mère
de se construire, de découvrir ses compétences :
de répondre oui au questionnement « serai-je
capable de… ? » et par rétroaction
d’interagir sur l’enfant lui-même :
En
haptonomie scientifique (d’après l’exposé
qu’en fait le Dr Catherine DOLTO – Congrès
« SNC psy » de la Cité des Sciences –
nov.2002) celle-ci parle des modifications histologiques du
Système Nerveux central, constatées chez les fœtus
vivant des stimulations périphériques de ce type
(l’haptonomie).
Alors,
un des premier gestes des sages-femmes en P.G. lorsqu’elles
suivent des grossesses pathologiques, après avoir fait
l’anamnèse et posé le monito, c’est de
permettre à la mère de retrouver ou de trouver la
confiance en elle. En M.A.P, 1er geste : libérer
le segment inférieur en demandant à la maman de faire
« remonter son bébé ». Double
résultat :
-
le col n’est plus sollicité,
- les
interactions materno-fœtales s’installent, facilitant
l’attachement précoce et une tocolyse spontanée
le plus souvent.
En
R.C.I.U les 3 outils sont utilisés d’emblée :
anamnèse, toucher affectif, et visualisation sophroniques, sur
l’évolution de la grossesse (déjà en
elle-même le phénomène de relaxation entraîne
une vasodilatation ).
D’autre
part, les mères peuvent voir sur le monito les variabilités
de fréquence cardiaque quand elles communiquent avec leur
enfant et cela les confirme dans leur compétence : oui,
je suis capable.
Marie-Claire
BUSNEL (12) à l’origine de cette découverte
termine à ce sujet un travail d’observation
scientifique de 7 années qui est en cours de publication.
Pionnière de la sensorialité fœtale (13) elle nous montre que « oui, le fœtus sait que sa mère lui parle à lui.. c’est encore
différent que reconnaître la voix de sa mère par
rapport à une autre voix. » (14).
Ainsi
en réagissant à leurs émotions, en répondant
à l’appel de la main, le bébé devient un
véritable activateur de l’attachement et aide la mère
à franchir en elle-même le passage, à devenir
maman de cet enfant-là.
Anne-Lise, primipare, 32 S.A) raconte : « J’étais allongée, presque en relaxation, en train de réfléchir à une peur tenace qui me serrait la poitrine. La sage-femme nous avait aidées à comprendre nos peurs mais celle-ci restait bien là et je ne savais pas comment faire, quand tout à coup me vint une idée : c’était à cause de mon mari. Ma belle-mère était tellement envahissante que celui qui était si fort… était devenu … un enfant ! et moi j’étais seule !… Au début j’étais contente du rapprochement de sa mère avec lui : je pensais que c’était une réparation de leur histoire !… mais elle voulait tout faire, même la chambre du petit !… Je repensais à la notion de territoire dont la sage-femme nous avait parlé : c’est çà elle me prenait mon territoire ! c’est MOI la mère de cet enfant … un mouvement très doux amena la tête de mon bébé sous mes doigts : il venait se nicher. j’ai ressenti une grande émotion , une grande force : oui, peu à peu, je pouvais reprendre la situation en main ! ».
Conclusion
Ce
dernier cas clinique illustre bien le travail d’accompagnement
amenant la future mère à l’autonomie et à
la mise en place de l’attachement avant la naissance…
Initialement conçu pour faciliter l’accouchement,
l’établissement de ce lien devient une véritable
prévention de la pathologie psychique chez la mère et
chez l’enfant.
Souvenons-nous
de l’étude californienne : « accouchement
violent associé au rejet maternel… » : elle est là la racine de violence, au creux de la mémoire
cellulaire de l’enfant.
Avec
les modèles de violence de la société actuelle,
elle ne demandera qu’à germer !…
Mais
si l’attachement est en place avant l’accouchement,
quelque soit les circonstances de celui-ci, la mère et
l’enfant pourront échapper à la pathologie
psychique qui commence à être décrite…
L’urgence
est aussi devenue psychique dans la nouvelle obstétrique,
si on admet bien sûr cette vision globale de la naissance…
Car
si en 2000 j’annonçais la pathologie, aujourd’hui
j’annonce l’apparition de la violence chez les enfants.
Nous comprendrons mieux pourquoi dans un prochain article.
BIBLIOGRAPHIE (de l’intégralité
de l’article, paru dans les D.O.)
1
- MH. de VALORS (site
nposagesfemmes.org)
ou
a)
le versant psychique de la grossesse. DO n°287.
b) le
versant psychique de l’accouchement. DO n°289.
c) la préparation globale.
DO n°291.
d) La fonction maternelle en
péril. DO n°310.
2
- J. FORT « Naissance et fantasme de mort »
Ed
L’Harmattan 2005.
3 - C.
BERGERET-AMSELEK « Le mystère des mères »
Ed.
Desclée de Brouwer 1998.
4
– D.W. WINNICOTT « Le bébé et
sa mère ».
Ed
Sciences de l’Homme Payot page 23.
5
- M. BYDLOWSKI « La dette de vie ».
Ed PUF.
6
- D. STERN « Séminaire : regards sur
la petite enfance »
Grenoble
octobre 2000.
7
- S. CHEVALIER « Mémoire de 4ième année 2005 : la préparation globale.
8
- JM. DELASSUS « Le sens de la maternité »
Ed. Dunod
1995.
9
- E. HUDRY « Quelle peut être la relation
entre un état de stress et la production d’ocytocine ? ».
9
Bis - The hypothalamic-neurohypophysial system regulates the
hypothalamic-pituitary-adrenal axis under stress. (Frontiers
in neuroendocrinology 2004).
10
- JP. RELIER Néonatologue « base
fondamentale de la maternité physique » Port royal
1996.
11
- F.DOLTO « lorsque l’enfant paraît »
Tome 2 (2 de couverture)
Ed Seuil.
12
- MC. BUSNEL - chercheur à l’INRA et Paris V.
13
- MC. BUSNEL « les cahiers du nouveau-né
n°5 : l’aube des sens».
Ed Seuil.
« Le
langage des bébés »
Ed
J. GRANCHER 1993.
14
- MC. BUSNEL « cassette vidéo : la
cause des bébés ».